Péage Sauvage

Le 24 mai dernier, ''Péage Sauvage'', nouvelle œuvre pérenne du parcours d’art contemporain Estuaire Nantes Saint-Nazaire, était inaugurée au cœur du quartier de Malakoff à Nantes.

Il était une fois à l’est de Nantes, un bout de marais né d’un bras de la Loire coupé de son fleuve. Creusé de vastes trous par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, ce territoire se laisse conquérir par une nature sauvage, à deux pas de la ville. Les choses auraient pu en rester là mais l’époque des Trente Glorieuses ne l’entend pas ainsi. À l’heure de la voiture reine, on achemine des gravats extraits des fondations de la Tour Bretagne pour combler le marais et construire une autoroute. Des voix s’élèvent, dont celle de la Ligue de Protection des Oiseaux, le projet est abandonné et la nature reprend définitivement ses droits sur cette zone de 7 hectares que l’on nomme désormais la Petite Amazonie. Abritant une faune et une flore exceptionnelles, la Petite Amazonie est aujourd’hui un site classé, mais il s’en fallut de peu pour qu’elle disparaisse sous un ruban d’asphalte.
Entre nature et culture. Pour créer une œuvre pérenne pour Estuaire 2012, le collectif d’artistes « Observatorium » s’est donc inspiré de cette histoire peu banale et méconnue. Formé par Geert van de Camp, Andre Dekker et Ruud Reutelingsperger, « Observatorium » mène un travail à la croisée du design, de l’architecture et de la sculpture. « Nous avons voulu illustrer l’histoire de la Petite Amazonie par un conte de fées du progrès, explique l’artiste Andre Dekker. Baptisée Péage Sauvage, notre œuvre est une construction en bois installée sur un no man’s land entre nature et civilisation. Elle matérialise l’extension de l’autoroute initialement prévue puis abandonnée. Traversant cette esplanade, l’autoroute relie la zone sauvage au centre urbain, la nature à la culture ». Ainsi, à l’entrée de la Petite Amazonie, les trois artistes ont réalisé une portion d’autoroute de 670 m2 surplombée par un belvédère offrant un point de vue sur le marais : une barrière de péage de 31 m de long et de 4,3 m de haut. « Cette histoire est digne d’une légende et il fallait bien une œuvre d’art pour la raconter, souligne Patrick Rimbert, premier adjoint au maire de Nantes et vice-président de Nantes Métropole en charge des projets métropolitains. Péage Sauvage révèle l’écrin exceptionnel de biodiversité qu’est la Petite Amazonie et s’inscrit bien dans la tradition de Nantes où la culture n’a de cesse de révéler la ville et son histoire ».
Monument dispersé. Ainsi, « Péage Sauvage » vient compléter la collection des œuvres pérennes du parcours Estuaire initiée en 2007. « En 2012, 9 nouvelles œuvres pérennes rejoignent cette collection permanente à ciel ouvert, soit un parcours de 29 œuvres réparties sur 12 communes de l’estuaire de la Loire, de Nantes à Saint-Nazaire, souligne Jean Blaise, créateur de la biennale. Formant un monument dispersé à ciel ouvert, toutes ces œuvres mènent vers un lieu atypique ou un site remarquable du territoire. Ici comme ailleurs, les artistes que nous avons sollicités ont créé une œuvre inédite qui leur a été dictée par leur intuition, leur sensibilité et l’histoire des lieux ».

Plus d’infos sur www.estuaire.info

Carole Paquelet.